Sauvons nos riches !
“Garder les riches dans notre pays” et, si possible, en attirer d’autres, par des conditions fiscales accommodantes.
Voilà maintenant que l’émotion gagne le monde du sport professionnel : Si on impose les footballeurs comme Monsieur Tout-le-monde les clubs français seraient en danger. Les clubs de rugby entonnent la même chanson, eux qui étaient “amateurs” il y a peu et prétendaient n’en avoir que faire du “sport business” ! Les discours changent …
C’est la nouvelle pensée unique, répétée partout et semble-t-il qu’elle doive à elle seule dynamiser notre économie et favoriser l’épanouissement de tous.
Les riches seraient ceux qui créent la prospérité, par leur capacité d’investissement, leur activité, leurs initiatives. Ce sont les plus fortunés qui sont la fondation de la prospérité, les “pauvres”, les “gueux” ne peuvent que profiter de leurs présence pour améliorer leur sort.
Cette idée repose largement sur l’exemple des micro états “paradis fiscaux” comme le Lichtenstein, Monaco,le Luxembourg, et la Suisse dans une certaine mesure.
Ces états ont en commun une économie centrée sur le commerce de l’argent, la Suisse a encore la chimie et l’horlogerie, mais que représente le Lichtenstein sans ses fondations ?
Alors suffit-il de transformer un pays ou une zone ( l’Europe par rapport au monde ?) en ghetto de riches pour assurer la prospérité de tous?
Rien n’est moins sur! En effet, les “riches” installés dans ces paradis n’y sont pas pour entreprendre ou créer de l’activité, mais pour profiter de leur retraite dorée ou “défiscaliser” des profits réalisés ailleurs. La “prospérité” générée localement se limite aux bénéfices -juteux- des banquiers et aux dépenses de la vie courante. Cela peut suffire pour le Lichtenstein ou le Luxembourg, mais il est évident qu’une telle économie de “rentier” ne génère pas assez d’activité pour irriguer des communautés économiques de la taille des grands pays.
L’intérêt d’un pays est d’avoir une activité économique dynamique, la fameuse croissance, et la présence des “riches” n’est probablement pas déterminante.
En Chine et en Inde, il y a eu d’abord de l’activité et de la croissance et les “nouveaux riches” sont apparus en conséquence.
Deng Xiaoping l’avait bien compris en disant aux Chinois “enrichissez-vous”, il n’a pas dit ” conservez vos avantages acquis” ou ” préservez votre fortune ou votre position”.
On a, en France, beaucoup plus de mal à conjuguer le verbe “libéraliser” à tous les temps et toutes les personnes.
Les “acquis” supprimés sont ceux des salariés modestes, mis en concurrence avec les paysans roumains ou chinois qui quittent leurs campagnes.
Les acquis consolidés sont ceux des “anciens riches”qui profitent des nouvelles conditions pour augmenter leurs avoirs, il n’y a qu’à voir les rémunérations des grands patrons ou la liste des plus grosses fortunes pour s’en convaincre.
En effet, la politique fiscale pratiquée tend moins à favoriser l’activité qu’à consolider les élites dans leurs acquis. Il n’y a pas que notre président qui a commis cette erreur, il a été précédé par George W Bush qui a réduit les impots des plus riches, laminé les classes moyennes et favorisé l’endettement excessif des plus pauvres. L’économie mondiale paye maintenant dans son ensemble les pots cassés de cette absurdité.
Il est remarquable de noter que les plus vigilants des économistes et, y compris, certains des plus grands investisseurs, ont dénoncé cette situation depuis longtemps.
Aux débuts du XX e siècle, Henri Ford savait déjà que pour développer son business il fallait que les ouvriers puissent acheter les voitures qu’ils fabriquent. Je ne suis pas sûr que le PDG “moyen” du CAC 40 ou du SBF 120 soit persuadé du bien fondé de cette opinion.
On pourrait poser le problème autrement: Laquelle des 2 situations suivantes produit le plus d’activité, de PIB, de croissance, de vie économique, culturelle, sociale, de bien être :
- 1 famille qui possède un patrimoine économique de 20 Milliards d’euros et 20 000 salariés sans fortune au smic, qui bossent sans motivation ni espoir d’un meilleur avenir. (Mulliez, propriétaire d’Auchan, 25000 employés)
- ou 20 000 familles qui ont un patrimoine économique d’1 million d’euros avec un revenu convenable, car elles ont une boutique, une part dans une entreprise familiale, un immeuble, et la possibilité d’aider leurs enfants à progresser ?
Il faut favoriser l’activité plutôt que la concentration des patrimoines, et si certaines activités demandent de grosses accumulations de capital, les marchés financiers ont été inventés pour résoudre cette question. Leur rôle est de rendre fluide l’investissement, et non pas de favoriser la spéculation stérile qui conduit régulièrement à des crises systémiques comme celle des subprimes.
La régulation des marchés financiers est donc une affaire politique, mais en France en particulier,les politiques sont généralement incompétents sur ces questions qu’ils abordent avec un biais idéologique “de gauche” ou “libéral”, inadapté dans les deux cas.
Dans ce pays Colbertiste on préfère l’interventionisme direct, souvent mal inspiré par une administration technocratique ou détourné de son objectif au profit exclusif de quelques “proches amis” du pouvoir en place.
“Travailler plus pour gagner plus” ou “Enrichissez vous” ?
L’un était le slogan électoral du président libéral de 60 millions de citoyens “économiquement libérés”, l’autre celui du leader communiste de plus d’un milliard de “camarades”.
Mais – au delà des situations très différentes – on ne peut qu’être frappé par la contradiction apparente: le libéral a un discours de stackanoviste , ces travailleurs (pauvres), modèles du communisme, et le communiste parle d’économie comme un entrepreneur.
Qui est le visionnaire et qui est le conservateur ?
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