3-Résultat garanti

Toutes ces dispositions ne sont possibles que si l’entreprise a les moyens de les appliquer. J’entends les moyens financiers. Pour moi, l’argent est réellement un moyen, comme l’électricité est un moyen énergétique, et non une finalité de l’activité d’une entreprise. Le système capitaliste a permis la création de richesses importantes, mais souvent au détriment des conditions de vie des hommes. Mon ambition est de montrer qu’il est possible de créer ces mêmes richesses sans asservir les hommes, sans les réduire au rang de pions prisonniers d’un système qui les opprime.

L’entreprise humaniste ne peut exister que si le résultat en est garanti. La pérennité de la rentabilité d’une entreprise est une condition indispensable au développement de l’humanisme. Pour réaliser cet impératif, je propose d’inverser certaines valeurs et certaines dispositions de gestion du système dominant l’économie actuellement.

J’inverse le rôle de l’argent avec celui des hommes. Aujourd’hui, la finalité, c’est le capital et sa croissance, matérialisé par l’argent ; les hommes ne sont qu’un des moyens pour y parvenir. Dans l’entreprise humaniste à résultat garanti, la finalité est de préserver et d’améliorer le bonheur des hommes ; l’argent n’est qu’un des moyens pour y parvenir.

Dans les entreprises d’aujourd’hui, le résultat est par nature non garanti et variable. Il est la résultante de tous les efforts entrepris, d’un côté pour gagner de l’argent et d’un autre côté pour réduire les dépenses. Cet exercice est fort compliqué et souvent très difficile, car les gains et les dépenses sont interdépendants. La direction générale est directement concernée par cette tâche, elle doit se battre avec sa force de vente pour qu’elle vende plus et mieux, elle se bat avec ses services de recherche et développement pour que les nouveaux produits sortent rapidement avec le coût de production le plus bas et les caractéristiques techniques les meilleures du marché, elle se bat avec la logistique pour que les clients soient servis aux meilleurs délais, elle se bat avec la production pour que les gains de productivité et de qualité soient conformes aux prévisions, elle se bat avec le service achats pour que les fournisseurs livrent aux meilleurs prix, aux meilleurs délais et avec une bonne qualité, elle se bat avec le service des ressources humaines pour que la masse salariale ne progresse pas, pour que l’absentéisme diminue et que les effectifs nécessaires soient présents, etc.….Tous ces combats sont consommateurs de temps et d’énergie.

La direction générale donne les ordres et la hiérarchie doit les appliquer. Cela paraît simple, mais le résultat de tous ces efforts n’est pas toujours conforme aux espérances, car les hommes qui exécutent ne sont pas sans réfléchir à ce qu’on leur demande de faire. Et une mauvaise ambiance de travail, une décision inappropriée, un équipement mal entretenu, une surcharge de certains postes, une décision mal expliquée, etc.… peuvent entraîner une faible motivation de la personne qui doit exécuter la tâche et ainsi augmenter son coût pour l’entreprise. Les fournisseurs peuvent profiter d’une perturbation des marchés pour augmenter les prix ou ralentir les livraisons. Les décisions prises par les dirigeants ne sont pas toujours les meilleures. La concurrence peut être plus agressive que prévue et faire chuter le volume et le prix des ventes. Pour toutes ces raisons et pour beaucoup d’autres, le résultat n’est jamais connu à l’avance et est essentiellement variable d’une année à l’autre.

Si le résultat était connu à l’avance les décisions de direction générale seraient plus faciles à prendre.

Dans l’entreprise humaniste à résultat garanti, celui-ci sera connu, car fixé à l’avance. Le résultat n’est pas ce qui reste à partager entre les actionnaires quand toutes les charges ont été payées, mais c’est un revenu du capital de l’entreprise. Dans la situation actuelle, d’une inflation inférieure à 2%, je propose que les actionnaires soient rémunérés entre 6% et 12 % par an du capital qu’ils ont mis dans la société ; 6% lorsque l’année est difficile et 12% lorsque l’année aura été bonne. Ainsi le résultat n’est plus une variable, mais une charge fixe pour l’entreprise. Et les actionnaires ne prennent plus de risques.

Les perturbations que subissent les entreprises sont importantes et le risque d’un résultat négatif, suivi par des licenciements, est toujours possible. Surtout lorsque le résultat habituel est inférieur à 5% du chiffre d’affaires. Peu d’entreprises ont un résultat tel qu’il leur permette d’encaisser de fortes fluctuations sur leur marché sans faire un résultat négatif.

Ces fluctuations existent évidemment aussi pour les entreprises à résultat garanti. Il faut donc les amortir sur une autre partie des charges de l’entreprise. Je propose de les amortir avec la masse salariale qui, elle, représente souvent de 30% à 50% du chiffre d’affaires, suivant les sociétés.

Pour ce faire, je propose une rémunération en deux parties. La première partie fixe, basée sur les minima conventionnels, est le salaire social garanti à chaque salarié et payé tous les mois. La deuxième partie variable est la résultante de l’activité. Elle est calculée tous les trimestres pour servir de base à la partie variable des trois mois suivants. C’est la masse salariale variable qui absorbe les fluctuations de l’activité et non plus le résultat, car celui-ci est fixé. Ce sont donc les salariés qui prennent le risque de l’entrepreneur, et non plus les actionnaires. Situation qui me semble plus normale et plus dynamique que celle d’aujourd’hui.

Actuellement, les actionnaires sont de plus en plus des financiers focalisés sur le court terme, qui connaissent mal les métiers de l’entreprise et qui, de ce fait, ne prennent pas les bonnes décisions pour la continuité ou le développement de son activité. Les décisions ne sont prises que sur la recherche d’un profit maximum du capital investi. Alors que les salariés connaissent parfaitement leur métier et sont fortement intéressés à la continuité et au développement de leur entreprise. Ils seront d’autant plus motivés à travailler pour la bonne santé de leur entreprise que leur salaire variable dépendra de leur performance collective à résoudre rapidement tous les problèmes qui se posent, qu’ils seront également actionnaires, et qu’ils participeront à une organisation démocratique qui les responsabilise et les motive.

Avec cette organisation, chaque salarié touchera un salaire fixe (social), un salaire variable d’entrepreneur (résultante de la performance globale à vaincre les perturbations des marchés et les contraintes réglementaires nouvelles) et une rémunération d’actionnaire fixée suivant la conjoncture de 6% à 12% du capital. Nous ne pouvons pas rêver meilleure implication des salariés dans le bon fonctionnement de leur entreprise.

Nous pouvons par cette organisation garantir que l’entreprise fonctionne avec un résultat positif tous les ans, que l’argent n’est qu’un des moyens pour la faire vivre et assurer son développement et qu’enfin, le bien-être des hommes est le but essentiel de son activité.

Exemple chiffré

Prenons l’exemple d’une SA dont les données économiques sont les suivantes :

  • Chiffre d’affaires …………………5000 KEuros
  • Masse salariale (50%) ……………2500
  • Frais fixe (20%) …………….……1000
  • Achats variables (25%) …………….1250
  • Résultat ………………………………..+ 250

Si cette entreprise subit une chute d’activité de 10% les données économiques sont les suivantes :

  • Chiffre d’affaires …………………4500 KEuros
  • Masse salariale ……………………..2500

Nota : le coût salarial d’une entreprise reste fixe quand le CA baisse de 10%. Car les salariés baissent leur activité de 10% pour s’adapter mais n’acceptent pas une baisse de salaire.

  • Frais fixe ………..…………………1000
  • Achats variables (25%) …………….1125
  • Résultat ………………………………..- 125

Donc une entreprise qui ne fait que 5% de résultat se retrouve rapidement avec un résultat négatif dès qu’elle diminue son activité de 10%.

Les mesures que prennent les dirigeants actuels dans ce cas sont évidement de réduire la masse salariale rapidement en diminuant l’effectif. Donc en réalisant des licenciements qui alimentent le chômage.

Prenons le même exemple avec une EHRG :

  • Capital social de 1000 KEuros
  • Chiffre d’affaires …………………5000 KEuros
  • Résultat garanti (6% du capital)……..60
  • Masse salariale fixe ………….……1650
  • Frais fixe (20%) …………….……1000
  • Achats variables (25%) …………….1250
  • Masse salariale variable …………….1040

Donc rémunération pour les actionnaires : 60 KEuros

Rémunération des salariés : ………………2690

Si cette entreprise subit une chute d’activité de 10% les données économiques sont les suivantes :

  • Capital social de 1000 KEuros
  • Chiffre d’affaires …………………4500 KEuros
  • Résultat garanti (6% du capital) …….60
  • Masse salariale fixe ………….……1650
  • Frais fixe (20%) …………….……1000
  • Achats variables (25%) …………….1125
  • Masse salariale variable ………………665

Nota : le coût salarial d’une EHRG est variable en fonction de l’activité. Donc les heures travaillées baissent de 10% quand le CA baisse de 10%. Car les salariés maintiennent leur « productivité » et s’adaptent au volume de l’activité.

Donc rémunération pour les actionnaires : 60 KEuros

Rémunération des salariés : ………………2315

Dans le cas de la EHRG c’est la masse salariale variable qui amorti la baisse d’activité et évite ainsi des licenciements car le résultat reste positif.

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