4-Acteurs EHRG
Les acteurs de l’entreprise qui sont le plus concernés par la transition d’une organisation capitaliste actuelle vers une organisation plus humaniste sont les salariés et les actionnaires.
Les actionnaires traditionnels doivent ouvrir le capital aux salariés de l’entreprise, permettant ainsi qu’ils s’expriment réellement sur les orientations et les décisions stratégiques proposées par la direction générale. Par cette ouverture aux salariés à la gestion de l’entreprise, les actionnaires traditionnels perdent une partie de leurs pouvoirs, mais en compensation ils gagnent en sécurité. La rémunération du capital est garantie. Les salariés prennent le risque de l’entrepreneur en acceptant qu’une partie de leur salaire soit variable. La pérennité de l’entreprise est très bonne car les salariés sont fortement impliqués dans le bon fonctionnement de celle-ci.
Bien des sociétés et notamment les grands groupes industriels font participer les salariés au capital par des plans d’épargne en actions ou autres dispositifs, pour améliorer le sentiment d’appartenance à la société et améliorer leur motivation à bien travailler. Et il est vrai que, si l’action monte sensiblement durant les cinq années du plan, les salariés perçoivent une rémunération complémentaire à leur salaire, suivant le nombre d’actions souscrites. Par contre il n’y a aucune évolution humaniste dans l’organisation de l’entreprise ; et si les résultats ne sont pas au niveau souhaité, un salarié peut se trouver pris dans un plan de licenciement, même s’il est actionnaire. La règle du jeu proposée aux salariés est : si vous travaillez bien pour la rentabilité de l’entreprise, nous gagnerons beaucoup d’argent et en remerciement vous pourrez également en gagner un peu plus.
Il me semble que la motivation des actionnaires et des PDG, qui sont leur pouvoir exécutif dans les entreprises, est très faible pour une évolution vers un modèle humaniste. L’introduction de plus de démocratie dans la structure hiérarchique actuelle peut être ressentie comme un risque de contestation de leur autorité, d’affaiblissement de leur position dominante et d’atteinte à leurs intérêts personnels. Par contre, si les actionnaires font participer les salariés à la gestion de leur entreprise, ils se mettent à l’abri d’une direction générale incompétente, qui les endort avec des informations falsifiées et tronquées tout en menant leur entreprise à la perte avant qu’ils ne s’en rendent compte. Car ceux qui vivent les difficultés au quotidien se rendent très vite compte de la compétence d’un dirigeant.
Une société peut également tirer avantage à adopter le modèle humaniste en améliorant sa notoriété et son image auprès de ses clients, surtout si ceux-ci sont des consommateurs et des salariés sensibilisés par la résorption du chômage, par l’exercice d’une vraie démocratie dans l’entreprise et par un engagement réel dans le développement durable.
En ce qui concerne les salariés, la motivation de vivre et de travailler dans une entreprise humaniste à résultat garanti n’est pas certaine. La plupart des salariés ne souhaitent pas prendre de risques ; un salaire correct qui tombe sur le compte courant tous les mois suffit à leur bonheur. Surtout que certains sont installés dans un travail pas trop fatigant et confortable au vu de leurs rémunérations. Mais le chômage touche de plus en plus de personnes, et chacun connaît un chômeur dans son entourage ou dans sa famille, s’il n’a pas été touché lui-même par ce fléau. Le nombre de personnes qui dégradent leur santé par leur activité professionnelle augmente régulièrement (voir les statistiques médicales à ce sujet). Les années de soi-disante crise, responsable du chômage, s’ajoutent aux précédentes sans l’ombre d’un espoir pour en sortir. Au train où vont les crises, chaque salarié de moins de trente ans à ce jour, aura connu une ou plusieurs périodes de chômage avant d’être en retraite.
Chaque personne qui recherche avant tout à gagner de l’argent sans tenir compte des conditions de vie dans l’entreprise où elle travaille, celle qui ne se soucie que de son bien-être matériel, celle qui vendrait père et mère pour avancer dans sa carrière, celle qui pense que c’est l’argent qui gouverne le monde et que ça ne changera pas, cette personne marchera dans le système actuel et se battra pour en profiter au maximum. Par contre la personne qui est sensible à la situation des chômeurs, qui pense que le travail de tous doit contribuer à améliorer les conditions de vie des hommes et non pas enrichir démesurément ceux qui détiennent le pouvoir économique et politique, qui est persuadée que nous avons la responsabilité de léguer à nos enfants une terre qui restera agréable à vivre, qui est convaincue que le bonheur des hommes passe par la générosité de chaque individu, cette personne sera motivée pour faire évoluer son entreprise vers une organisation humaniste.
Cette transition ne se fera pas sans sacrifices ni difficultés.
La première difficulté est d’obtenir le consensus des actionnaires, de la direction générale et des salariés d’une entreprise pour envisager la transition vers une organisation plus démocratique. La mise en place des différents comités peut se faire graduellement, sur plusieurs années. Il faudra néanmoins veiller à ce que cette mise en place ne perturbe pas l’entreprise, mais qu’elle s’accompagne d’une réelle amélioration de son fonctionnement, mesurable dans ses comptes.
En parallèle à la mise en place des comités et du conseil d’éthique, il faut engager l’ouverture du capital aux salariés et séparer la rémunération salariale en deux parties, l’une fixe et l’autre variable. Une solution consisterait à prélever une partie du salaire (5% ou 10%) chaque mois jusqu’à atteindre le montant que chacun souhaite investir dans l’achat d’actions de son entreprise. La rémunération de ces actions serait fixée à 6% les premières années. L’objectif reste que la part détenue par les salariés soit significative pour (à travers le conseil d’éthique) peser réellement sur les décisions de la direction générale. De même, la partie fixe de la rémunération salariale pourrait diminuer graduellement chaque mois au profit de la partie variable jusqu’à ce que la proportion souhaitée soit atteinte.
Ensuite, il conviendra de surveiller la bonne application des règles contenues dans la charte des entreprises humanistes à résultat garanti et d’en améliorer la pratique quotidienne.
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